Photo en Une : © D.R.

Navettes annulées, artistes et prestataires non rémunérés, coupures de courant, falsification présumée de virements, conditions de sécurité précaires, scènes non montées... Un désastre. Il n'y a pas d'autre terme pour qualifier l'organisation du micro love festival, qui a fait vivre durant deux jours à l'ensemble des personnes impliquées une épreuve digne de Koh Lanta. Ce serait presque drôle, si l'organisateur n'était pas soupçonné de s'être tiré avec la caisse.

Dès le lendemain du festival, c'est à coups de memes et de screenshots que les réseaux sociaux ont déclaré la chasse à Léon Kaisala. Tous les doigts pointent en effet vers l'organisateur, également fondateur des évènements Gala électronique. Si ce dernier refuse pour l'instant de s'exprimer, de nombreux témoignages l'accusent d'avoir sciemment fourni un festival au rabais et d'avoir dissimulé ses actions au public, mais également à ses propres équipes. C'est avec ces dernières que Trax a pu s'entretenir par voie écrite, afin qu'elles racontent leur version de cette mésaventure... Et de la solidarité inespérée qui en a émergé. 

"Plusieurs fois avant le début du festival, nous avons pensé à quitter le projet."

Pour revenir aux origines du projet, pouvez-vous nous dire comment s'est déroulé le recrutement de l'équipe ?

On ne sait pas vraiment comment l’organisateur, Léon, a fait sa team. Après réflexion, on pense qu’il a réuni les seules personnes de son entourage qu’il n’avait pas encore entubées. Après avoir formé son équipe, il nous a réunis et nous a promis une partie du chiffre d’affaires. Il nous a vendu un projet génial, avec un line-up et des ambitions chanmé. On a tout de suite accroché au festival, pour l’amour de la fête et de la musique.

Plusieurs artistes et prestataires nous ont raconté la tenue du festival de la façon suivante : l’organisateur se serait rendu compte la veille de l’évènement que celui-ci allait être déficitaire, et aurait pris la décision d’annuler un tas de choses (navettes, guests en moins, sonos, scènes pas montées, sono absente, vols non payés pour les artistes). Le tout, sans en informer ni le public, ni ses propres équipes. Vous confirmez cette version ?

Tout a commencé quelques jours avant le festival. L’artiste Hostox a annoncé qu’il ne viendrait pas, car il n’avait toujours pas reçu son billet d’avion (puisque l’organisateur ne pouvait pas le payer). L’organisateur a également annulé le prestataire son/électricité/lumière, trop cher selon lui également. Malgré le travail fourni pour retrouver des prestataires, il ne cessait de les annuler, dans le dos du reste de l’équipe. Finalement, on apprend que seules deux scènes vont pouvoir bénéficier d’un système son. Et que les lumières sur le site vont manquer…

De même pour les navettes, qu’il a annulées en nous prévenant le jour suivant (trop tard pour rattraper le coup) en promettant de louer une dizaine de minivans pour faire les aller-retour Porte de La Chapelle - lieu du festival comme prévu.

À ce moment-là, on était tous flippés. On voulait annuler, on n’était clairement pas prêt. Mais l’organisateur ne voulait pas. Et lui laisser toute l’organisation juste avant le lancement nous paraissait impossible, nous avions trop peur de laisser les festivaliers livrés à eux-mêmes suite à cette décision...

La vraie descente aux enfers a commencé vendredi. À 17h, les navettes n’étaient toujours pas arrivées à Paris pour récupérer les festivaliers. Il n’en avait en fait loué qu’une seule. Impossible d’y contenir les 70 personnes attendant. Nous avons donc dû mentir aux festivaliers en leur disant que c’était à cause d’un problème avec notre prestataire et du trafic. Et surtout leur dire de prendre le train, alors qu’ils avaient payé leur billet plutôt cher avec navettes.

Un chèque devait également être déposé auprès de notre prestataire pour les boissons : il s’avère qu’il n’est pas signé, ce que nous prenons alors pour une erreur. Le prestataire bloque donc le chargement. Dans l’urgence et pour proposer quelque chose aux festivaliers déjà arrivés, des courses s’improvisent. Sont alors distribuées des bières en verre (initialement interdit sur le site) achetées en grande surface. Un plan de secours est trouvé et sauve ainsi le bar qui reçoit déjà les premiers signes de mécontentement des festivaliers.

Nous avons ensuite fait comme nous pouvions pour maintenir à bout de bras le festival.

"Nous sommes contraints d’annuler la plupart des guests, faute de pouvoir régler leurs cachets. Un moment de malaise, car certains étaient déjà arrivés à l’hôtel près du site."

Pourquoi ne pas avoir tiré la sonnette d’alarme plus tôt, avant le début du festival ?

Plusieurs fois avant le début du festival, nous avons pensé à quitter le projet. Mais au bout de presque 4 mois de taff, on s’est quand même dit que ce n’était pas le moment de baisser les bras. Et puis cela voulait dire le laisser seul. Impossible. Le vendredi soir, la situation nous invite à penser qu’il s’agit d’une organisation plus que bancale, mais nous ne nous rendons pas compte que le pire reste à venir.

Samedi midi, malgré la première nuit passée et un certain nombre de choses résolues, les problèmes ne font que commencer. Plusieurs prestataires et parties prenantes doivent être payés et aucune solution n’a été envisagée par l’organisateur qui fuit ses responsabilités depuis la veille en se cachant.

L’équipe souhaite mettre un terme à ce qu’il se passe, mais aucune logistique ne permet aux personnes présentes sur le site de rentrer dans des conditions convenables. Nous sommes contraints d’annuler la plupart des guests, faute de pouvoir régler leurs cachets. Un moment de malaise, car certains étaient déjà arrivés à l’hôtel près du site.

L’équipe du Manoir Inspiré nous apporte un renfort considérable et propose de continuer en sauvant les meubles et en réduisant le périmètre à une seule scène (et quelques activités) pour réussir à gérer, au vu d’une équipe en sous-effectif. Heureusement les artistes restés sur place ont été géniaux : la plupart ont décidé de mixer sans cachet. On a refait une timetable et relancé le festival.

Sauf que quand l’électricité a été coupée à 2h30 le samedi soir, on s’est vraiment rendu compte de l’inconscience du mec. Il avait falsifié la preuve de virement. À ce moment-là, l’organisateur est en train de dormir.

Comment ont réagi les artistes, les prestataires et le public ? Sur les réseaux, ils semblent assez solidaires du staff.

Tellement bien. Il s’est vraiment produit un élan de solidarité inexplicable. La plupart des artistes ont accepté de mixer gratuitement toute la nuit, et les festivaliers ont toujours gardé le sourire. Nous avons reçu un soutien sans faille qui nous a permis de nous rebooster et de faire notre maximum. Nous aurions probablement fermé le festival sans eux.

Les prestas sont restés tout le weekend, à nos côtés, pour sauver les meubles. Et surtout l’équipe du lieu (le Manoir Inspiré) où se déroulait le festival nous a beaucoup aidés à la fin à reprendre les choses en main. Heureusement d’ailleurs, on les en remercie vraiment.

"Les festivaliers nous ont été d’une grande aide."

Le festival se déroulait sur deux jours. Le public a été nombreux à rester malgré ces soucis d’organisation ?

Ils étaient environ 250 festivaliers à danser le samedi soir. Un record quand on pense à toutes les galères qu’ils ont dû surmonter.

À ce moment, comment était l’ambiance au sein de l’équipe ?

On se serrait les coudes. Pas le choix. Car à aucun moment non plus, l’organisateur n’a pris son rôle de chef de projet, en essayant d’arranger les choses, en s’excusant, en reprenant les choses en main.

L’équipe était alors devenue polyvalente et travaillait à bout de bras pour combler les failles de l’organisation. La quasi-totalité d’entre eux n’a alors pas dormi depuis 48h (sauf l’organisateur bien sûr…) et se nourrit du soutien qu’il l’entoure.

Comment s’est déroulée la nuit sur le camping ? L’évènement promettait « surveillance 24/24, confort assuré (douches et toilettes, nettoyées trois fois par jour) » ce point a-t-il pu être respecté ?

Nous n’avons pas pu assurer ces promesses, toujours pas manque de fond. Les festivaliers nous ont été d’une grande aide sur ce point, ils ont été très respectueux de l’environnement dans lequel ils étaient.

Ces problèmes d’organisation vous ont semblé mettre en danger le public ?

Bien sûr que cela nous a semblé dangereux. Nous avions tout de même un stand de prévention sur place. Le premier soir, nous avons connu les situations courantes dans les festivals, qui ont su être gérées par l’équipe sur place.

Puis quand l’électricité s’est coupée la deuxième nuit, à 2h30 du matin, avec 400 personnes en état d’ébriété sur le site, sans sécurité, sans lumière et avec clairement encore l’envie de faire la fête, on a flippé. Heureusement, il ne s’est rien passé de grave, grâce aux efforts de tous.

On nous a rapporté que les forces de l’ordre étaient intervenues. Pour quelle raison ?

Car le voisinage s’était plaint. Ils avaient convoqué l’organisateur à la gendarmerie pour en discuter. Il n’y est pas allé, donc ils sont venus le chercher.

Si l’on met de côté les annulations de prestations, l’organisation du festival aurait-elle pu permettre un bon accueil du public ? Ou y avait-il tout de même quelques couacs imputables au fait qu’il s’agissait d’une première édition ?

Nous pensons que quelques galères auraient pu être évitées, car elles sont en effet liées au fait qu’il s’agissait de la première édition du festival. Mais nous sommes convaincus que celles qui l’ont transformé en fiasco sont d’une autre nature.

Maintenant que la grogne monte sur les réseaux, tout le monde y va de son anecdote et de son screenshot sur les pratiques – apparemment bien connues – de l’organisateur. Comment se fait-il que personne ne se soit douté de quelque chose ?

On a surement été naïfs. Vraiment. On ne peut s’empêcher aujourd’hui de se sentir utilisés. Mais il est vrai qu’on aurait pu cerner mieux le personnage. Après, c’était dur également pour nous d’abandonner le projet, car nous n’avions pas envie de le laisser seul, au vu de son manque de gérance.

Et qui peut prédire que quelqu’un est capable de faire un virement de 30 centimes à la place de 3000€, en sachant pertinemment que l’électricité peut être coupée à tout moment (mettant ainsi en danger bon nombre de personnes), et qu’il affirmera lorsqu’on lui demande pourquoi : « Je pensais que vous ne vous en rendriez pas compte ».

Et quand tout se casse la gueule presque au même moment le jour J, c’est toujours dur. Surtout quand c’est le chef du projet lui-même qui nous met des bâtons dans les roues. On a fait au maximum, et on s’excuse vraiment de ne pas avoir fait mieux.

Financièrement, les membres du staff ont-ils été impactés par ces évènements ?

Il nous doit tous de l’argent. Mais nous avions de toute façon fait une croix dessus. Ce que nous voulons maintenant, c’est que les prestations soient payées.

Quelle est la prochaine étape pour vous ? Êtes-vous en contact avec l’organisateur ?

Il continue d’essayer de nous manipuler pour certains, nous estimant responsables de sa situation, disant que c’est de notre faute. Il ne se remettra jamais en question, ne s’est pas excusé et continue de mentir en appelant aux « fake news ». Nous ne voulons de toute façon plus lui parler, sauf pour qu’il paye ce qu’il doit payer.

Un message pour le public, les artistes, les prestataires ?

Au public : toutes nos excuses pour avoir menti. Nous avons essayé au mieux d’apporter quelque chose de différent. On a réussi, mais pas dans le bon sens du terme.

Aux artistes : toutes nos excuses. Merci aux volontaires qui auront essayé de sauver avec nous le festival comme ils pouvaient. Aux artistes venus de l’étranger et auprès de qui l’image de notre scène a été salie, nous espérons que ces évènements ne vous empêcheront pas de revenir rencontrer le public qui vous a tant attendu à Paris.

Aux prestataires : Merci à Neighbor Hood, Basic Movement, Enklo & KA project, les Soeurs Malsaines, News’ Cool, Moodiz, Le camion qui fume, Anto Do. Qui nous ont également aidés à garder la tête hors de l’eau.

Au Manoir Inspiré : toutes nos excuses et mille mercis.