Photo en Une : © D.R.


Passionné de house, Mad Rey fait partie de cette nouvelle vague parisienne qui écume les clubs de la capitale depuis 2014, avec le label D.KO Records. Pourtant, loin de lui l'idée de ne se cantonner qu'à un style : avec l'EP U.M.A paru en mars dernier sur le label Promesses, il réagit à la catégorisation constante de l'industrie musicale. Un « concept EP » très riche, où l'interprétation compte autant que le processus créatif, qu'il détaille lors de cet entretien.


Comment est né U.M.A ?

C'est un projet composé uniquement sur Mac, avec Ableton. Quand tu ne travailles qu'avec un ordinateur – qui est aussi un objet d'échange, avec Internet ouvert derrière, et que tu as accès à autant d'informations, ça influence forcément ce que tu fais. C'est un paradoxe, mais c'est pour ça que ma musique parle d'elle-même : elle est dépourvue de frontières, mais encadrée par la technologie. U.M.A est un mélange d'influences très variées sur un projet dense.

Puisque Internet n'était pas une source d'inspiration, tu n'as pas l'impression que ton projet a été dénaturé ?

Non... C'est une vision très binaire, entre le consumérisme et la consommation. Ça l'a enrichi, et il était déjà influencé par le cinéma notamment. J'aime créer une narration autour de ce média, d'où l'ambient qu'on trouve en fond de certains tracks, par exemple.
De toute façon, il y a énormément de références dans l'EP. J'ai eu l'idée du projet en regardant Kill Bill : Tarantino sample des films, je sample de la musique. « U.M.A », c'est pour Uma Thurman et le titre du premier track, « Hanzo », c'est le nom du type chez qui elle va chercher le sabre dans le film. Et justement, le gris de l'artwork (par Hedi Nabil), c'est pour rappeler la couleur du Mac, mais aussi celle du sabre. C'est l'arme des samouraïs, d'où le dragon sur la cover. Le but, c'était de lier le film à un projet technologique.

Et la musique électronique, c'est le plus simple pour raconter cette histoire ?

Je pense que l'instrumentale a vocation à ça. Cet EP pour moi, c'est des liens entre le Mac, Ableton, Kill Bill et la musique, mais on peut y comprendre ce qu'on veut, d'où les points entre chaque lettre du titre. Ça devient énigmatique et libre d'interprétation.

Tes musiques sont très alternatives, U.M.A mélange beaucoup de styles différents. Il s'écarte d'ailleurs de ton style de prédilection, la house. C'est difficile de s'imposer sur plusieurs scènes ?

Oui, je fais passer la house avant le reste car ça me transcende, mais c'est mon délire d'être sur tous les terrains. La culture avec laquelle j'ai grandi, c'est celle du hip-hop, des graffitis. C'est un truc auquel je reste très attaché et que je fais encore (sous le nom L Rey, NDLR). Je me dois d'être là-dedans, pour moi-même comme pour mes proches... Mais j'ai décidé d'arrêter les alias, c'est symbole de division. De toute façon, les scènes sont éclatées aujourd'hui, alors je veux être libre de faire des trucs différents sous le même nom.

Ça se sent. Ton set à la dernière Club Trax était imprévisible...

C'est ça, je m'en fous de ce que les gens attendent. En live, c'est moi qui donne et eux qui reçoivent. En Angleterre, beaucoup de DJ's mixent ce qu'ils veulent, que ce soit de la grime, de la house ou de la techno, et tout le monde kiffe. Ici, à Paris, il y a un vrai problème avec les gens qui écoutent et qui sont déçus : ils attendent tel truc et veulent pas entendre autre chose. Sérieusement, c'est du racisme musical. Moi, je n'attends que ça d'être surpris ! Écouter des sons et les revoir en live, ok, mais il faut que les choses bougent à un moment.

Et le problème ne vient que du public ?

En grande partie, oui. Nous sommes mal éduqués, il n'y a que des clans. En Angleterre, c'est pareil, mais là-bas tout le monde communique. Ils cassent les codes, ils ont une longueur d'avance, c'est super important le mélange aujourd'hui. Enfin bref, dans tous les cas, quand je suis invité, je mixe de tout, il faut juste l'accepter.

Mais avec la démocratisation d'Internet et les milliers de morceaux qui sortent tous les jours, le public peut aussi être exigeant.

Internet nous noie dans la musique qu'on écoute. Ça fait de nous des impatients chroniques : on est addict aux ordis, les gens sont tout le temps dans la demande... C'est du registre de l'addiction. Alors heureusement que les gens sortent encore en club, que c'est une institution relativement protégée, mais le problème est plus global. Là, on parle des attentes des gens qui n'osent pas être surpris. Vu ce qu'on attend de moi, c'est compliqué de faire des albums concept, mais j'ai besoin de ça aussi.

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