Un an jour pour jour après la condamnation de Dax J suite au morceau samplé sur l'appel à la prière musulman, le DJ sort un nouvel album : Offending Public Morality, fort de significations. Mêlant jungle, acid, drum'n'bass et morceaux raves, cet album retrace un parcours musical qui traverse son adolescence jusqu'à nos jours. Dax J s'inspire de ses émotions et de sa mélancolie pour créer une histoire qui dépasse les cadres et s'inscrit dans une musicalité déportée du seul club, témoignant d'une démarche personnelle à écouter au quotidien.

La date de sortie de ton album n’a pas été choisie au hasard…

J’espère que certains remarqueront qu’elle a un sens en effet.

Tu l’as choisie à dessein ?

C’est un peu des deux. J’ai voulu faire ce disque aussi vite que possible. Et en même temps, cette date est arrivée sur la table et vraiment ce n’était pas tout à fait planifié pour être honnête. C’est juste tombé comme ça et, au final, c’est le timing parfait.

Tu as commencé à travailler sur le disque après les événements y a un an, ou un peu avant ?

J’ai commencé en janvier de l’an dernier. J’ai commencé à écrire quelques idées au cours d’un vol pour l’Australie, c’est un long vol. C’était très brut, basique. Ensuite, j’ai vraiment commencé la composition en avril. Je me suis senti inspiré.

En avril, tu savais clairement quelle serait la direction de ce disque.

J’avais déjà une idée du son, du style, mais plus j’avançais dans l’écriture, plus cela devenait clair, grandissait, et avait du sens. J’imagine que c’est comme ça lorsque tu écris un livre, tu ne sais pas comment le livre va finir, tu as une vague idée, mais tout devient plus précis au fil de l’écriture. De la même façon, je l’ai commencé de manière très ouverte, avec des idées brutes, et ensuite, avec tout ce qu’il s’est passé, l’expérience que j’ai traversée, tout cela m’a inspiré.

Comment ce qu’il s’est passé à ce moment-là t’a inspiré ?

J’ai toujours trouvé que la meilleure musique que tu peux faire, et celle qui comporte le plus d’émotions, peu importe si c’est de la tristesse, de la joie, ou autre. Et lorsque tu es envahi par toute cette émotion, jusqu’aux extrêmes, c’est là que tu fais la meilleure musique. J’ai traversé un grand nombre d’émotions à cette période, un très grand stress, et j’ai essayé de canaliser tout cela dans ma musique. Je suis content que ça ait marché. De nombreux morceaux sont associés à ce que je ressentais à cette époque, et l’album a pris une nouvelle direction, une nouvelle strate, il est allé dans un aire différente.

Quelles étaient ces émotions ? Le disque déploie une une variété de choses : on pourrait y voir les influences de l’enfance, de l’adolescence, un peu de violence aussi…

Il y a beaucoup d’émotions différentes, c’est vrai. Lorsque j’ai écrit le morceau "Waves Of Isolation", je suis revenu aux souvenirs les plus tristes que j’ai vécu. Et ce morceau est apparu. Il a une profondeur, presque de la tristesse. Lorsque j’ai fait ce morceau, je l’ai confié à Zanias pour qu’elle fasse les paroles, elle a parfaitement trouvé cette mélancolie et cette tristesse, en chantant en mineur. Ça marche parfaitement. Le dernier morceau s’appelle "Death is Imminent" haha ! A l’époque, j’ai eu tout plein de messages de colère sur Internet. Et en vérité, je me disais… (Il hésite) En vérité, à un moment, je me suis dit : « Tu sais quoi ? Il y a une chance… que tu meures. » Je suis allé en studio avec cette sensation, je commençais à réellement ressentir que j’allais mourir, ça y est. Et j’ai écrit ça. J’ai essayé de ne pas réfléchir à ce que je faisais. Mes feelings sont ressortis au travers du clavier, et tout ce que j’utilisais. C’est le genre de choses qui me sont venues à cette période. Il y a quelques exemples de cette extrême tristesse, presque de la dépression. Et ensuite, j’ai fait "Offending Public Morality" qui est une sorte de mise en musique de ma colère à l’époque. Ces deux morceaux me sont venus la même semaine. C’est dire les montagnes russes émotionnelles dans lesquelles j’étais. J’essayais juste de canaliser tout ça dans le studio.

"Je fais ce que j’aime, je ne fais pas de morceaux dans un genre ou un autre. Je fais juste ce que je ressens sur le moment, ce n’est donc pas un effort, mais plutôt une joie."

Et pour les morceaux plus mentaux, quasiment IDM, et les morceaux jungle ?

Je faisais des choses plus IDM il y a deux ou trois ans, je voulais faire plus de musique dans ce style pour repousser mes limites dans cette direction, étendre ma palette de sons. Certains ont quelque chose de très jungle aussi, ce sont là mes influences de la jungle et de mon amour pour l’acid. Je voulais mélanger tout ça ensemble, l’IDM, la jungle, l’acid. Tout est venu tellement facilement. Je crois que ça correspondait bien au moment où je les ai faits, tout était devenu si fou. C’est donc sorti de manière bien folle aussi.

Et c’est assez amusant, il y a des choses rave, un peu trance, mais pas vraiment de pur morceaux techno à l’image de ce que tu sors sur ton label Monnom.

Je voulais faire quelque chose que tu peux écouter de bout en bout. La plupart ont des vocaux, leur propre histoire. Mon premier album était bien plus focalisé sur le club, mais je ne pense pas qu’aujourd’hui j’aurais envie de produire des tracks clubs du début à la fin. Certaines peuvent toutefois très bien fonctionner en club, mais je voulais faire cela : qu’on puisse les écouter, et aussi les jouer en club.

Etait-ce compliqué de passer d’un genre de musique à l’autre ?

Non pas vraiment. J’aime tous les genres de musique, ce n’est pas un effort de faire quelque chose d’autre. Je fais ce que j’aime, je ne fais pas de morceaux dans un genre ou un autre. Je fais juste ce que je ressens sur le moment, ce n’est donc pas un effort, mais plutôt une joie. Je ne fixe pas de règle ou de cadre. C’est la meilleure façon de faire les choses. J’ai toujours fait ce que je voulais faire, quand je voulais le faire. J’essaie de ne pas trop réfléchir à tout ça.

T’es-tu senti seul en avril dernier ?

Hmm… Seul est sûrement le mot le moins approprié. Je me suis senti déprimé, triste, en colère. Mais les gens autour de moi m’ont soutenu. Je me suis pris une grande vague de réalité sur tout ce qu’il se passe dans le monde.

Finalement, c’est un disque où l’on parcourt ton histoire musicale : depuis le trip hop de ton enfance, la drum’n’bass que tu écoutais ado sur les radios pirates.

Oui, je me suis mis aux radios pirates quand j’avais 16 ans, puis j’ai commencé à y mixer après l’école, à chaque fois les radios étaient dans des endroits de fou. J’ai fait ça pendant toute mon adolescence, donc toutes mes influences ont suivi en conséquence : la jungle, la drum’n’bass, tout cela a toujours été en moi. Je voulais utiliser cet album pour présenter tout d’une certaine façon. Parce que je n’ai pas toujours l’occasion de sortir tout ça, c’est plus souvent des morceaux club. J’avais besoin d’un album pour ça. Ce sont des samples de ma vie.