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Dure Vie commence il y a cinq ans, lorsque Benjamin « Gonzo » Charvet et Mazen « Duke » Nasri décident de s’improviser organisateurs d’évènements après une soirée Concrete bien arrosée. Un pari risqué qui fonctionne, et Dure Vie se fait rapidement une place sur le paysage nocturne parisien, national… Puis international, avec Hard Life, version british de son ainé, installé à Londres. Dure Vie n’a pourtant pas toujours eu la vie facile. Gonzo et Duke en témoignent dans cette interview.

C’est quoi le bilan après cinq années à mener (une) Dure Vie ?

Gonzo : On avait certains objectifs, notamment monter une agence de conception d'évènements différente de Dure Vie – chose que l’on fait depuis trois mois maintenant. Si on parle de Dure Vie même, on est là où on voulait en arriver. On est une équipe de cinq personnes à temps plein, à travailler main dans la main au quotidien. On travaille principalement à Paris, beaucoup à Lyon et sur le plan national. Bilan plutôt positif donc, même si on ne dort plus beaucoup. Mais on est assez content de ce qui nous arrive en ce moment.

Duke : On ne connaissait pas les chemins à prendre, mais l’objectif a été atteint. Dès le départ, on voulait monter un média spécialisé dans la musique électronique. Et, à terme, organiser nos propres évènements. Ce n’est pas gagné quand on est deux personnes qui ne proviennent pas du tout de ce milieu-là. Heureusement qu’il y a eu les gens du Badaboum, avec lesquels on a monté quelques trucs et qui sont un peu nos grands frères et mentors depuis le début. Heureusement qu’on a rencontré Aurélien Delaeter (boss du Badaboum et de l’agence Bonjour/Bonsoir, NDLR) au Berghain, il y a quelques années.

Ah bon ?

Duke : En fait, on organisait un évènement Dure Vie à Berlin. Un matin, on était au Tresor avec nos DJ’s, et eux avaient prévu d’acheter des disques dans la journée. Il était huit heures, du coup on s’est dit qu’on allait tenter le Berghain – ce n’était pas un dimanche et on ne portait pas de t-shirt noir – vu qu’on n’y était jamais allé. Sauf que c’était fermé. On s’est retrouvé au PanoramaBar, et c’est là qu’on a rencontré le bonhomme, avec qui on a passé une bonne partie du weekend. Historiquement, on avait déjà organisé un évènement au Panic Room, et lui cherchait un directeur artistique pour ce lieu. C’est une belle amitié qui s’est créée.

Gonzo : Ouais, enfin, faut pas oublier de dire que, quand on l’a rencontré, on lui a payé sa première grosse addition, parce qu’il avait perdu son portefeuille et qu'il n’avait pas de quoi régler. Si je me souviens bien, je crois même que les mecs du Pano’ lui avaient piqué son passeport pour être surs qu’il ne parte pas sans payer.

Duke : C’est vrai… On sait que vous avez l’habitude de mettre certaines citations en avant sur vos articles. Mettez ça en titre, même. « Dure Vie a rencontré Aurélien Delaeter au Berghain ». Ça sera très bien.

Qu’est-ce qui vous a motivé à créer Dure Vie en premier lieu ?

Duke : L’envie est venue sur un coup de tête. Le moment où on l’a décidé, c’était en buvant une bière le surlendemain d’une soirée Concrete. On s’est dit que nous aussi avions envie d’organiser des évènements, de clairement créer quelque chose dans la trempe de ce qu’on avait vu.

Gonzo : Toi en plus t’es musicien, j’ai un père et un frère qui le sont aussi… On baigne dans la musique depuis toujours – il y en avait vingt-quatre heures sur vingt-quatre à la maison. On a partagé à peu près ce même rêve de gosse de monter un festival. Ça nous a paru assez évident en commençant l’aventure Dure Vie qu’il fallait que chacun garde son emploi à côté. Moi, j’étais dans le sport (en digne fils indigne), Mazen dans le luxe… Et puis l’accumulation des deux est vite devenue invivable.

Vous venez d’où, à l’origine ?

Duke : DU SEPT-HUIT !

Gonzo : Moi je viens du Vésinet, lui de Chatou. Deux petites bourgades voisines dans les Yvelines. On avait le même groupe de potes, mais d’une génération différente. On s’est retrouvé à écumer les festivals ; une trentaine de personnes qui partait partout ensemble, de nos 15 ans à nos 20 ans. C’est comme ça qu’on s’est connu. Et à cette fameuse soirée Concrete, on a tapé pas mal de barres ensemble, et c’est comme ça qu’on est parti sur ce projet.

Vous avez largué les autres sans scrupule.

Gonzo : C’est un peu ça. Au début, ils se foutaient sans arrêt de notre gueule. Ils pensaient que c’était juste faire des playlists, à nous dire : « Ça va les gars, ce n’est même pas un métier ce que vous faites… »

Duke : « Venez boire des pintes ! »

Gonzo : Exactement… C’est vrai qu’au début, ce travail de playlists, c’était un peu ça. On s’était inspiré de Délicieuse Musique, même si ce n’était pas tout à fait pareil. On avait même une stratégie sur Twitter. On allait voir les rageux pour leur envoyer un son et un petit message du style : « Allez arrête, ta journée sera bien plus gaie en musique ! » Ça ne marchait pas mal du tout, mais seulement parce qu'on y passait six heures par jour à deux. C’est vite devenu compliqué de tout gérer.

Mais est-ce que votre vie est devenue plus facile depuis ?

Duke : La philosophie de Dure Vie, elle est propre à chaque humain sur cette Terre, je pense. La dure vie, c’est trouver le juste équilibre entre l’amusement et le travail, les responsabilités. Quand on a commencé, il y avait ce côté très kiffant de bosser dans le milieu de la musique et de la fête. Et en même temps, il y a cette envie de bosser sérieusement et de devenir quelque chose de grand. La difficulté, c’est justement trouver cet équilibre de la « dure vie ».

Gonzo : C’est hyper kiffant. D’autant qu’on est un peu devenus « privilégiés ».

Vous êtes passés de l’autre côté de la barrière.

Gonzo : Quand on a commencé, on se faisait recaler dans tous les sens. On se butait comme des acharnés pour que les gens nous fassent confiance. Aujourd’hui, on est dans une phase bien plus plaisante. On est toujours aussi cons, aussi cools. À nos propres teufs, on est ré-bou, on se fait kiffer, on est avec nos potes. Le weekend, on essaye de mettre le travail de côté, sauf quand on est en production.

Duke : Nos évènements ressemblent à ce qu’on est véritablement, et la manière dont on aime faire la fête. En fait, tout ça, ça ne répond pas du tout à la question initiale, mais c’est une jolie façon de conclure la chose. (Rires)

La question “con” : si on vous avait dit que vous en seriez là aujourd’hui… ?

Gonzo : (En s’adressant à Duke) On est prétentieux ou pas ? Non, sans déconner, c’était l’objectif, et je pense qu’on a tout mis en œuvre pour l’atteindre. On était un peu conscient de nos compétences et de nos acquis, et on a bossé comme des fous au démarrage pour en arriver là. Qu’on soit maintenant dans le « top du top », on ne pensait pas que ça se ferait aussi rapidement. Mais on s’était laissé cinq ans d’objectif.

Duke : C’est vrai que quand tu montes un projet, la moindre petite étape ou nouveauté fait tout de suite hyper grand. Je me souviens le premier partenariat avec le Social Club, on était comme des fous : « Wah ! T’imagines ? On fait gagner des places pour le Social Club ! On va faire la teuf ! » Quand on a fait la première à la Machine, on était tout aussi excité en visitant ce lieu complètement vide qu’on ne connaissait que blindé. Chaque étape, c’est quelque chose de grand.

C’est quoi votre nouveau plan quinquennal du coup ?

Gonzo : Notre agence, c’est quelque chose qui va nous tenir particulièrement à cœur. Et petite info exclusive : on a un projet de festival pour 2019 qui est plutôt en bonne voie. Avec une programmation très house, plutôt disco, funk. On a un cadre magnifique et des dates hors période de vacances scolaires pour attirer un maximum de Parisiens.

Duke : Et puis on a toujours fonctionné au feeling, au jour le jour, par rapport aux rencontres et aux envies. On a ce crédo : « Toujours plus. » On veut juste aller beaucoup plus loin dans ce qu’on fait déjà.

Vous répondez quoi à un jeune bleu qui trouve que « les soirées parisiennes, c’est trop nul » ?

Gonzo : Je peux être assez d’accord avec ça, sur pas mal de trucs. Il y a des clubs qui font des soirées très typiques, qui invitent des DJ’s dans des évènements où il ne se passe rien. Ce type de soirées, ça ne nous parle pas trop. On aime faire des trucs un peu « hors normes ».

Duke : Je pense que ce sont les contraintes liées à l’espace et aux limitations sonores qui font qu’on n’a pas trop de liberté d’expression. Ça limite énormément la création dans l’événementiel électronique à Paris. Il suffit d’aller à Londres, Amsterdam, ou Berlin, pour voir que ce sont des espaces extraordinaires.

Pour moi, c’est surtout le public.

Gonzo : Je suis entièrement d’accord avec toi. Exemple concret : de nos jours, quand un évènement se passe bien, tu verras qu’il n’y a jamais (ou rarement) de commentaire positif. Par contre, s’il y a un seul pet de travers… Les orgas se font défoncer, la sécu se fait défoncer, tout le monde quoi. Le Français aime râler, et le Français n’est pas très tolérant. Mais on est les premiers à ne pas l’être non plus.

Au final, c’est quoi la soirée idéale ?

Duke : Quand tu organises un évènement, t’as parfois envie que ça s’arrête vite. Et quand tu le vis, t’as surtout envie que ça ne s’arrête jamais. Ce que les clubs et les promoteurs oublient parfois, c’est l’organisation. C’est bien beau d’être dans un endroit sombre, très industriel, relativement underground. Mais à un moment, il faut quand même que ça soit propre, bien organisé. Qu’il n’y ait pas trop d’attente au bar ou aux toilettes. Que les produits soient de qualité : quand on te sert un gin-tonic, qu’il y ait un citron dedans. Ça parait con, mais il y a des clubs aujourd’hui où tu payes 12 balles ton gin-tonic et, en fait, il est dégueulasse. C’est relou. Gin. Tonic.

Gonzo : On va d’ailleurs profiter de ce sujet pour passer un appel à Brice de Concrete (directeur artistique). S’il veut bien, pour une fois, qu’on fasse une teuf où il nous lâche tout le bateau, on est ultra chaud. Ça nous permettrait un peu de « clôturer » tout ce qu’on a pu faire à Paris. Avec un bon gros samedimanche.

Duke : Ça ne serait pas mal comme titre… « Lettre ouverte à Brice Coudert ». Et, en fait, non, c’est l’interview de Dure Vie.

On va faire un peu d’exercice maintenant. Vous avez vingt secondes pour nous dire pourquoi Dure Vie c’est trop de la balle. Top.

Gonzo : Parce que c’est simple. Parce qu’on s’amuse. Simple, cool, bonne musique, bonne ambiance, bonnes vibes, conneries, mauvaise organisation – de temps en temps. Sinon beaucoup de travail, beaucoup trop d’heures de travail. Et une belle équipe.

Duke : Dure Vie, ça ne laisse personne indifférent. Oui, moi, je suis le mec qui conclut. (Rires)

Le mot « vie », ça vous fait penser à quoi ?

Gonzo : Franchement, « vie » ça fait penser à « vivre ». Donc être soi-même, kiffer, profiter à fond. Tout en se mettant des petites barrières. Vivre, mais ne pas faire n’importe quoi.

Duke : Moi je ne vois que des choses positives. On a une expression souvent : « C’est la vie. » Le vin, c’est la vie. La bouffe, c’est la vie. La musique, c’est la vie. Donc ça me fait penser à tout ce qui est positif, dans la vie. Les amis, les amours…

Et « dure » ?

Gonzo : J’ai failli dire une vraie connerie.

Duke : Bah, la vie.

Gonzo : Moi, « dure », ça m’évoque vraiment les moments où c’est beaucoup plus compliqué dans notre travail. On vit des moments qui ne sont pas toujours évidents. C’est un métier qui est p***** de stressant. Les gens oublient souvent que, pour que ça se passe bien la nuit, d’autres bossent le jour. « Dure », c’est vraiment ce côté stressant et compliqué parfois.

Duke : En fait, il y a clairement des moments où c’est dur, et des moments où ça l’est moins.

C’est un peu tendancieux.

Duke : (Fièrement) Oui, on est d’accord.

Gonzo : Il est pire que moi.

Maintenant, donnez-moi deux mots qui définiraient la vie dure, mais qui ne soient pas Dure Vie.

Gonzo : C’est bien ça ! Mmmh… « Belle aventure » ! (Duke réfléchit intensément.) Ça peut lui prendre longtemps. Heureusement que la limite des vingt secondes, c’était celle d’avant.

Duke : Et même vingt minutes, ça ne serait pas assez… Honnêtement je ne sais pas, je te répondrais plus tard pendant l’interview. Faudra faire attention, et bien remettre les réponses dans l’ordre chronologique, hein. (Rires)

Vous diriez quoi à quelqu’un qui ne connait pas Dure Vie ?

Gonzo : Viens.

Et à quelqu’un qui connait ?

Gonzo : Viens pas.

Duke : Bonne réponse, je ne peux pas aller au-delà.

Si vous aviez dû l’appeler autrement, vous auriez choisi quoi ?

Duke : « Molle mort ».

Gonzo : « Trop pas ». Parce que je n’ai aucune idée… En vrai, je l’aurais appelé « C’est magique ». C’est une expression qu’on dit tout le temps, et notre agence s’appelle comme ça. En fait, avec « Dure Vie », c’est les deux expressions qu’on a le plus dites dans notre vie.

Pourquoi est-ce qu’il faut venir aux 5 ans ?

Gonzo : Ça va être un évènement musical assez particulier, parce qu’on a une prog’ assez ouf. C’est notamment une des rares fois où Adryiano va jouer à Paris. En tout cas nous, avec Duke, on va bien s’éclater.

Allez, pour la dernière, je vous laisse le mot de la fin. Vous avez le droit de mener l’interview et vous poser une question chacun.

Gonzo : C’est chaud… T’as une idée Maz’ ?

Duke : Est-ce que tu pourrais bosser avec toi-même ?

Gonzo : Je ne pense pas. Je ne vais pas poser la même question, mais je pense qu’il répondrait la même chose. On est les deux seuls capables de se supporter l’un l’autre… Sinon, pour ma question : on est parti faire une vraie retraite spirituelle de trois semaines à Bali. Si on devait repartir quelque part, tu irais où ? Un truc tranquille, sans faire la teuf. La réponse est évidente.

Duke : Je dirais le Liban. La valeur sure. On y va ?

Gonzo : Chaud. [À Trax] Tu viens avec nous ?

 

Retrouvez Dure Vie à la Machine du Moulin Rouge, ce samedi 24 mars, en compagnie de Young Marco, Adryiano, Session Victim, Dusty Fingers et Mr. Ties all night long pour fêter les cinq ans du crew ! Pour plus d’informations, rendez-vous sur la page Facebook de l’évènement.