Photo en Une : © Nuphar Blechner

Tu nous viens de Berlin mais tu as grandi à Tel Aviv, comment as-tu découvert la musique électronique ?

Israël est un lieu très progressif où la musique électronique a eu beaucoup d’importance. De manière générale, tout a contribué à mon éducation musicale, de Daft Punk dans les années 97 à ce qui se passe aujourd’hui. Je pense que la première chose qui m’a vraiment fasciné, c'était les productions du groupe The Basement Boys qui ont arpenté tout le spectre de la musique pop.

Certaines parlent de Tel Aviv comme d'une nouvelle scène underground, attirant des grands DJ internationaux au Bootleg ou à The Block. Que penses-tu de la scène électronique israélienne?

La scène israélienne est en plein essor avec de bons artistes qui sont connus dans le monde entier, des clubs où tout le monde veut aller. Si une scène ne change pas elle fait du sur place, mais Tel Aviv se nourrit et grandit continuellement. Les gens sont géniaux, la nourriture… Et le temps ! Je ne suis pas quelqu'un de nostalgique, pour moi le présent est toujours le meilleur moment.

Tu as lancé le label Disco Halal en 2015, mais tes deux derniers EP sortent sur Treisar. Quelle est la particularité de ce nouveau label ?

Treisar n'est pas un label, c'est plutôt un projet, une sorte d'activité extrascolaire ! Il comportera 12 releases de mes propres productions.

Après les sonorités exotiques de Judah’s Lion, Royal Amphibien International part dans une direction plus techno ("Just across the Nile") ou même pop (Express Way). Pourquoi ce changement de cap ?

C'est justement le principe de Treisar, montrer des nouvelles facettes de la musique que je produis. J’aime passer beaucoup de temps dans mon studio à créer de nouvelles choses, des ambiances, des histoires…

Tu pioches beaucoup dans le disco et la new wave ; qu’est ce qui te fascine dans ces musiques proto-électroniques des années 70-80 ?

J’ai grandi dans les années 80/90, et j'ai le sentiment que la musique était différente et procurait énormément d’émotions. Aujourd’hui, c’est moins riche, et j’essaye donc de ramener ces sonorités dans la dance music contemporaine. Et pour le dire en deux mots, c'est aussi la musique que j'aime écouter !

Acid Arab ou Rex Axes font également partie de ces artistes qui cassent les genres et n'hésitent pas à emprunter à la musique traditionnelle. Il y a un regain d'intérêt pour cette démarche dans la scène house/techno ?

Je suis certain que les gens ne sont plus uniquement des consommateurs de musique, qu'ils commencent à ouvrir leurs oreilles et à véritablement écouter : ils recherchent de plus en plus l’authenticité. Les artistes que tu mentionnes sont attrayants parce qu'ils ne sont pas ennuyeux, et leur appréciation est un signe que les choses vont dans le bon sens.

Est-ce qu'il n'y a pas un risque à tomber dans les clichés orientalistes à piocher dans la musique traditionnelle ? Quelle est la clé pour se réapproprier la musique traditionnelle de façon respectueuse ?

La clé pour réaliser un bon mix est la vibe qu’on produit, et non la musique en elle-même. Si on ne colle pas d’étiquettes sur les choses, il n’y aura pas de clichés. Il faut être authentique avec ses sons : si c'est bon, c'est bon. Il ne s’agit pas d’occidentaliser l’Orient ou du contraire, je crois que l'important est juste de ne pas y penser.