Photo en Une : © Max Pillet


La communication avait pris le parti de l'intrigue. L'iconique barge Concrete préparait à peine son baroud d'honneur que de mystérieuses affiches bourgeonnaient déjà sur les murs de la capitale. "Dehors Brut, ce n'est pas un club, ce n'est pas un warehouse, ce n'est pas un open air..." Un slogan en forme d'énigme, une adresse finalement dévoilée par la maire de Paris Anne Hidalgo en personne, pour un lieu resté sans visage jusqu'à l'ouverture, ce samedi 27 juillet, 20 heures pétantes.

Un secret bien caché, et pour cause. L'installation dans cette friche SNCF du boulevard Poniatowski, au fin fond du 12e arrondissement, a d'abord été une course contre la montre. En quelques semaines seulement, il a fallu tout nettoyer, tout installer. Jusqu'à devoir repousser de deux heures l'ouverture officielle, prévue à 18h. L'équipe joue cette fois-ci la transparence : "Nos équipes exécutent un vrai challenge technique sous la canicule, la pluie et le stress depuis deux semaines pour vous transformer un terrain vague brut en véritable lieu de fête. Tout est "presque" prêt, mais nous allons avoir besoin de deux heures de plus pour être vraiment paré à vous accueillir dans les meilleurs conditions possible."

Quelques minutes avant l'ouverture, le sound-system fabriqué et installé pour l'occasion est à peine réglé que la Coréenne Park Hye Jin en profite pour faire ses balances. Non sans lever les yeux vers les énormes enceintes qui surplombent sa scène et le dancefloor, et son parquet en bois tout neuf. Alors quand à 20 heures le patron Aurélien Dubois lance le coup d'envoi et ordonne d'ouvrir les portes, c'est comme sentiment de soulagement qui parcourt l'équipe.

© Max Pillet
Photo Max Pillet

Alors que la nuit tombe, la file d'attente devant le nouveau club s'étale à perte de vue. À l'intérieur, trois grands bars relativement accessibles distribuent des pastis à 3€ et des pintes à 7€. Au milieu d'anciens rails de chemin de fer, le grand chill out fait de palettes avec coussins et de tables basses est plein. On s'y prélasse, un verre ou une part de pizza du food truck d'à côté à la main.

Pourtant, la plus grosse surprise ne vient pas du lieu. Le Parisien s'est habitué à ces friches herbeuses de la SNCF. Non, l'objet de toutes discussions ici, c'est le dancefloor et ses enceintes et caissons au plafond, dirigés vers le public façon douche. Le son est clair et fort, suffisant sans être "puissant". Surtout, venu d'en haut, il conduit le public à danser plus librement sans se préoccuper de faire face au DJ. On danse ensemble, et plus facilement. Enfin ! Une libération des corps et une expérience décomplexée unique. Le public est unanime : il est conquit.

Derrière les platines, les fidèles Gboi et Jean Mi entament bientôt un voyage musical de 5 heures après les lives de Park Hye Jin – maniant les nappes envoûtantes et passages techno percussifs – et de Leo Pol – grand concert house imparable derrière ses machines. Devant eux, première oblige, on trouve tout ce que Paris peut produire de noctambules : habitués de Concrete, fils à papa en costard Versace – outré de boire du champagne dans des verres en plastique ! –, néo-hippie à paillettes et bulles de savon ou danseuse élégante en robe rouge, se déhanchant sur un rythme de salsa imaginaire.

La suite se fera au seul mot d'ordre de la fête : entre le hit house "So Much Love" de Malaika à la tune bass "2 for 20$"  de Taso & Siete Catorce, en passant par de la jungle, de la techno, du IAMDDB jusqu'au banger rapcore "Reinsertion" de Evil Grimace. Dans leur nouveau temple de la fête, ils étaient encore 400 motivés à 8 heures du matin, à contempler un soleil chaleureux se levant sur le hit zouk "Angela" du Saïan Supa Crew. Comme si l'avenir ne pouvait qu'être radieux.