Photo en Une : © Pierre Pauze

On appelle ça joliment "la mémoire de l'eau". Apparue en 1988, cette théorie scientifique très contestée a posé comme hypothèse que l'eau pourrait garder en mémoire des informations concernant les substances avec laquelle elle aurait été en contact. Ainsi, dans l'eau, une molécule laisserait une empreinte qu'il serait toujours possible de déceler même après que cette molécule ait statistiquement disparu de l'eau. Un point de vue que défendent avec ferveur les tenants de l'homéopathie, qui fonctionne sur une dilution très importante des principes actifs. « La mémoire de l'eau est un sujet controversé dans les milieux scientifiques », explique l'artiste français Pierre Pauze. Formé à l'école et studio d'art contemporain Le Fresnoy, il reconnaît entretenir une forme de fascination pour le sujet. « L'expérience dont est tirée cette théorie a été faite dans les années 70 puis invalidée par le monde scientifique dans des conditions un peu douteuses. Mais maintenant, tous les laboratoires ont l'interdiction de travailler là-dessus, notamment parce que si elle était validée, la théorie de la mémoire de l'eau remettrait en cause toute la médecine chimique et l'industrie pharmaceutique. Ce qui m'intéressait, c'était donc de refaire cette expérience avec l'excuse d'une expérience scientifique. »

Et tant qu'à faire ces tests homéopathiques, autant essayer tout ça avec une substance psychotrope puissante dont les effets peuvent être observés facilement. Pierre Pauze s'est alors lancé dans un projet un peu fou : créer sa propre drogue. « Je me suis dit que quitte à créer une drogue, autant en faire une qui rende amoureux. Après tout, on dit parfois que l'amour est surtout une histoire de biochimie. J'ai donc transformé de l'argent en bitcoins et j'ai commandé sur le darknet différents composants chimiques. C'est drôle car pour ça, j'ai collaboré avec certains scientifiques qui étaient plus gênés à l'idée de travailler sur la mémoire de l'eau qu'à l'idée de synthétiser de la drogue. », précise l’artiste.

Une fois le psychotrope terminé, ses informations essentielles ont été transférées dans de l'eau pour en faire un breuvage utilisé dans une expérience scientifique filmée par la caméra de Pierre Pauze. Le principe est simple : dans un hangar, les participants sont invités à boire le breuvage en question avant de se lancer dans une soirée techno dans laquelle les effets de la drogue administrée seront étudiés en temps réel. « Au final, la situation dans laquelle se trouve quelqu'un en soirée est assez proche de celle dans laquelle se trouve un cobaye. Tous les deux sont bombardés de lumière, de son et de tout type de vibrations dont on ne connaît pas bien les effets. Dans la techno, il y a aussi souvent ces voix de synthèse qui énoncent des phrases ressemblant à des invocations. J'ai remarqué que les vidéos de protocoles scientifiques utilisent aussi souvent les mêmes types de voix qui doivent être le plus neutre possible », explique Pierre Pauze.

C'est ce qui fait de son film Please Love Party un objet fascinant. À cheval entre rave party et test scientifique, l'expérience qu'il montre questionne sur la chimie, la fête et surtout l'amour. C'est une des œuvres marquantes de l'exposition Futures of Love qui se tient aux Magasins Généraux à Pantin jusqu'au 20 octobre 2019. Dans son numéro 223, Trax Magazine présente une partie des nombreux autres artistes à découvrir là-bas tout en rencontrant les deux commissaires d'exposition Keimis Henni et Anna Labouze qui reviennent en détail sur ce qui les a poussés à s’intéresser à l'avenir de l'amour. Surtout, numéro d'été oblige, Trax profite des thématiques soulevées par Futures of Love pour proposer un test de personnalité articulé autour d'une question simple : Comment aimerez-vous en 2050 ?

Le numéro 223 de Trax Magazine est actuellement disponible en kiosques et sur le store en ligne.