Photo en Une : © Cultural Space


En 2017, Loïc Braunstein écrit un recueil de nouvelles intitulé Devant le son. Ancien teuffeur, cet univers le fascine jusqu'à l'interpeller et le pousser à l'écriture. Il se décrit comme une personne observatrice :  « J'ai ressenti dans ces expériences de fête quelque chose qui relève du sacré et j'ai ainsi eu désir de mettre en écrit la matière sonore ». Mais assez vite, ce n'est plus par la plume qu'il cherche à retranscrire cette musicalité mais par des voix. Il décide alors d'adapter un de ses textes pour la scène en travaillant chaque personnage comme ayant une langue particulière, sa langue propre.

Pour le décor de sa pièce, il s'inspire des free parties du début des années 2000, dont il garde ce souvenir : « C'était des fêtes extrêmement colorées, avec une profusion de lasers et des sound-systems balançant de la trance music à tout va ». À l'entrée, chacun recevra des bandeaux fluos ainsi que des anneaux phosphorescents. Pour pousser le jeu encore plus loin, un dress-code sera peut-être proposé en amont. Parce qu'il faut savoir qu'au début, le spectateur ne sera pas capable de distinguer les acteurs des autres spectateurs. La foule sera mêlée indistinctement devant un DJ - le DJ Little Tune - qui mixera avec des vinyles et proposera un set oscillant entre tracks classiques et répétitives, accents trance et basses techno. Dans la pièce, la musique est considérée comme un personnage à part entière. Le set ne sera d'ailleurs pas un set classique, pensé pour le club, car un grand travail sera réalisé sur le rythme afin de créer plusieurs ambiances dramatiques qui viendront épauler par la suite le développement du spectacle.

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Après trente minutes de fête, trois personnages vont en effet se détacher de la foule dansante. Ce sont les acteurs. Ils commenceront à jouer, dérouleront leur histoire personnelle, encore au milieu des spectateurs qui se retrouveront nez-à-nez avec ceux-ci comme si les deux évoluaient dans un même présent. Loïc décrit ces personnages comme bloqués dans la fête, quelque peu abîmés. Un quatrième personnage est également sans cesse évoqué, mais ne se trouve pas dans les parages. Il est l'absent et les acteurs risquent de le chercher dans chacun des spectateurs. Cette galerie de personnages, et l'intrigue qui en découle, est décrite en ces termes : « Il y a Benko, une vraie tête de con selon l'expression consacrée, collé aux enceintes comme un papillon à une ampoule, dont les neurones fondent à vue d'oeil. Il faut dire ici qu'on est dans les bois ou sur les pistes d'un aérodrome, qu'on est en free-party - c'est-à-dire qu'on est là où on peut et qu'il y a de la musique partout. Il y a Manu, distant, sévère, radical à sa manière froide et intransigeante. Il y a Angèle, qui deale des médicaments, chancelle sur la corde raide des souvenirs et des hallucinations. Il faut dire qu'on est dans un monde gris mais pas triste, fiévreux d'extase, de maladie et d'épuisement. Qu'on est 80 000 à danser seuls. Et puis il y a le quatrième. On lui parle, on l'entraîne, on le bouscule. Mais lui ce qu'il veut c'est juste parler à Angèle. C'est juste comprendre ce qui s'est passé entre eux il y a bien des années. Savoir après l'accident, comprendre la métamorphose d'Angèle et sa fuite ».

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Cette pièce est montée par Laurent Domingos, avec la participation active de Loïc Braunstein et mise en oeuvre par la compagnie Minuit 44. Trois dates sont programmées au Théâtre de Verre, dans le 19ème arrondissement de Paris, une friche culturelle entièrement géré par l'association Co-Arter, qui prône une culture participative. La compagnie voudrait par la suite le jouer en plein air, et notamment dans des parcs, pour appuyer l'idée de voltige, et de vertige.

A ce jour, la pièce est encore en pleine élaboration, sa forme finale n'ayant pas encore été décidée.