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Bonne nouvelle, le 12 octobre signera le retour des multisons au Pays de la Loire, avec 15 façades, de 6kW à 80 kw, réunissant 56 sound systems et plusieurs centaines d'artistes. Cette région résiste, notamment parce que le préfet les laisse dans une relative liberté. Petit tour d'horizon sur cette situation devenue politique.


La perspective d'un terrain d'entente se dessinait entre le ministère de la Culture, de la Santé, de l'Intérieur, de la Jeunesse et de l'Éducation, et des associations Freeform et Techno+. La demande reste la même de la part de ces deux associations: revoir ou supprimer l'amendement Mariani, qualifié de "scélérat" par Techno+. Cet amendement oblige les organisateurs de free parties, considérées juridiquement comme des fêtes "rassemblant plus de 500 personnes", à faire une déclaration préalable à la préfecture du département. Le Ministère de l'Intérieur refuse de manière catégorique toute révision. Sur de nombreux points, cet amendement est problématique, car il favorise le débordement des forces de l'ordre, qui n'hésitent pas à arracher le matériel, avec quelques violences au passage, lors de leurs saisies. Un teufeur témoigne : "La répression se caractérise généralement ici par l'arrivée des forces de l'ordre sur les sites avec des matraques, des gazeuses, de tasers et de boucliers. Comme si nous étions une manifestation avec de fortes violences. La dernière teuf, ils sont arrivés derrière le système son et ont arraché les câbles des groupes électrogènes pour les embarquer dans leur véhicule." Dans des cas très rares, des heures de travaux d'intérêt général sont de mise.

En février 2018, la proposition de loi anti-free de Nicolas Dupont-Aignan remet de l'huile sur le feu. Le gouvernement reste sur le statu quo mais ce rebondissement a au moins le mérite de relancer les discussions entre associations et gouvernement, même si une évolution du cadre législatif n'est pas à prévoir pour le moment...

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Ce verrou conservateur a accompagné le développement des free parties dès leurs débuts en France. Déjà fustigées en Angleterre, haïes en France... le phénomène de diabolisation suit de très près les free parties. Pourtant, les discours des participants à ces fêtes détonnent. Beaucoup parlent d'un moyen d'entrer en communion avec les autres, et non d'un trip solo. Le collectif prime sur l'individuel, et les marques de solidarité et d'entraide ne manquent pas. Ce n'est pas sans rappeler la formation des fermes collectives de la ZAD, en périphérie de Nantes, qui proposaient un système de contre-société où l'idéal marxiste d'autogestion se dessinait doucement mais sûrement. Même répression de ce côté-là : les marginaux effraient. Les sociologues ont pourtant constaté que l'on retrouvait des classes socio-professionnelles variées lors des free parties, dont des gens bien intégrés dans leur milieu professionnel. C'est la sensation de liberté, la disparition soudaine de toute entrave sociale, le relâchement de toutes les pressions de la vie active... Chacun y trouve son compte. Et n'hésite pas à le défendre : lorsque Nicolas Dupont-Aignan est monté au créneau avec son projet de loi anti-free, les associations Freeform et Techno+ ont lancé des mouvements de soutien dans toute la France. À Toulouse, Paris, Nantes, Strasbourg, Marseille, Clermont-Ferrand, Lyon, les Manifestives ont eu lieu, suivies par de nombreuses personnes.