Photo en Une : © Aline Deschamps


Radiohead, Björk, Massive Attack… Si les influences de Roscius se ressentent directement dans sa musique, c’est surtout par sa posture sur scène que l’artiste impressionne. Tel un jeune Thom Yorke, tant dans l’attitude que dans la voix, il communie avec ce qu’il joue. Avant de saisir le public dans cette transe improvisée, et de l'emporter à son tour.

"Mon stress, c’est de finir musicien et ne plus aimer ce que je fais."

Il y a quelques années, rien ne laissait pourtant présager que William Serfass – de son vrai nom – maitrise aussi bien la scène. Pour lui, l’histoire a commencé par un hasard : « Lors d’une soirée, j’ai dû remplacer un groupe absent. Le promoteur s’est tourné vers moi et m’a dit : “Toi, tu es musicien. Tu n’as qu’à faire de la musique, improvise.” » Improviser, cela deviendra son fer-de-lance. Un exercice qu’il pratique depuis longtemps, dès ses années de piano et percussions au conservatoire. William se rend compte qu’il est tout à fait possible de faire danser le public de cette manière, sans être DJ et sans ordinateur.

Les artistes à s'investir autant dans cette voie sont rares, et Roscius ne tarde pas à se lier d'amitié avec un autre improvisateur de renom : Jacques. Ensemble, ils collaborent à plusieurs reprises. Ce qui les différencie cependant, c’est l’outil de création : si Jacques est connu pour sa panoplie d’objets loufoques, Roscius n’en utilise que très rarement. Sur scène, il est entouré d'une multitude d'instruments, d'où il tire spontanément ses mélodies. Des outils de création, mais avant tout des compagnons de route venus des quatre coins du monde.  

Un voyage idyllique en musique

C’est grâce à la diversité des sonorités offertes par ses instruments que William emmène son audience au-delà des frontières. Certains ont été offerts par des amis ; d'autres ont été confectionnés devant ses yeux, comme son tambourin « fait main par un Arménien ».  D'autres encore viennent de Chine, du Vietnam, d’Inde, d’Allemagne… « Le Kawai (synthétiseur, NDLR), je l’ai acheté à Berlin il y a 15 ans dans un marché de seconde main. Je crois que je l’ai payé cinq euros, et c’est toujours le même depuis. » Pour Roscius, le voyage ne s’arrête jamais. Quand ce ne sont pas ses instruments qui viennent d’ailleurs, c’est lui qui s’y rend. 

« Je voulais accomplir deux choses : faire danser les gens sans être DJ, et (les faire) voyager. Sauf que pour ça, soit tu es journaliste, soit tu es dans la musique, et on t’invite partout. Je me sers de ces voyages pour les faire écouter aux gens. C’est ça qui me plait. De bouger et de rencontrer plein de gens, découvrir plein de cultures et poser des questions. » C’est notamment cela qui motivera William à emménager à Londres, s’éloignant de sa terre natale pour découvrir de nouveaux horizons (musicaux). 

Car cette liberté de grand voyageur, Roscius la cultive également dans sa pratique instrumentale. « Mon stress, c’est de finir musicien et ne plus aimer ce que je fais, que tout se répète tout le temps. Je n’ai vraiment pas envie de ne plus aimer la musique, donc le seul moyen c’est l’improvisation. Je suis complètement libre. » Ce qui l'amène à explorer des terrains toujours plus incongrus. Le 11 juin dernier, lors d'une soirée présentant les nouveaux verres en édition limitée de la marque Eristoff, signés par les street artists Astro et Meka, il acceptait ainsi le challenge de composer à l'aide d'une panoplie desdits verres. « [Ils] (Eristoff, NDLR) m’ont appelé parce qu’ils produisaient un nouveau verre, et qu’ils cherchaient une façon amusante de le mettre en valeur. Ils savent que d’habitude je ne joue pas avec des objets, mais j’ai déjà fait de la musique avec des verrillons (verres en cristal remplis d’eau, NDLR). Du coup, j’ai voulu tenter l’expérience. » Et le tintement du verre s'est élevé comme un carillon par-dessus l'orchestre cosmopolite de Roscius.

De ses allées et venues autour du globe, un album dev(r)ait voir le jour. Initialement prévu pour 2017, des complications poussent Roscius à le repousser. Le jeune homme prévoit alors de s’émanciper et de créer prochainement un label pour éditer soi-même ledit album. Toujours sous le thème du voyage, l’œuvre nomade de Roscius y déambule jusque dans les rues de Beyrouth, en pleine manifestation. « C’est l’histoire de ma tournée entre l’Asie et le Moyen-Orient faite il y a deux ans et demi. J’ai enregistré des samples partout, dans la rue, auprès des gens… Et je les ai mis en musique en improvisant par-dessus en studio. Je l’ai appelé Nomadic Recordings. » Un disque que l’on a hâte de découvrir.