Photo en Une : © D.R.


En 2008, la Péniche Cinéma jetait l'ancre dans le parc de la Villette, dans le 19e arrondissement de Paris. Son concept : faire vivre le quartier par la culture en proposant des projections de courts-métrages indépendants, des rencontres-débats et une scène techno/psytrance locale sur laquelle on a pu voir jouer Nibana et sa bass music psychédélique, ou encore la tech psy-trance du duo Micro Scan. La nuit, le ponton se métamorphose en véritable tremplin pour une partie de la scène locale qui trouve difficilement des lieux où se produire. 

©La Péniche Cinéma

 

“La vocation de la Péniche Cinéma, c’était de dénicher des gens qui faisaient de la musique de chambre”

 

La Péniche Cinéma a pris racine dans un quartier où le bon vivre n'a pas toujours été de mise. Délaissé par les pouvoirs publics, ce secteur était occupé par les dealers de crack et la prostitution. A son arrivée, la Péniche n'avait ni eau, ni électricité et avait dû fonctionner une année entière sur groupe électrogène. Aujourd'hui, si l'Est parisien est devenu the place to be, il faut reconnaître qu'elle y est aussi pour quelque chose. 

Malgré la contribution socioculturelle que la Péniche Cinéma a apporté au quartier, l'appel à projets de décembre dernier met un terme à ses activités. Le projet qui prendra son emplacement est porté par la Bellevilloise, qui possède déjà plusieurs salles parisiennes telles que la Rotonde ou la Petite Halle de la Villette. Elle avait déjà fait parler d'elle en juin, lors de la reprise les locaux de la Miroiterie, lieu alternatif et mythique de la scène punk-rock parisienne, se faisant ainsi accuser par les anciens squatteurs de "gentrifier le quartier". Dans le même bassin, la Péniche Anako, espace d'interaction entre les cultures du monde, sera pour sa part remplacée par une épicerie fine du groupe Carrefour. 

©La Péniche Cinéma

“On se sentait vraiment comme chez nous”

De ce fait, il semblerait qu'après avoir fait assainir le quartier par une politique publique favorisant les associations, la mairie de Paris a décidé de donner un nouveau visage socio-économique au canal. François Dagnaud, le maire du 19e, explique ainsi que « le canal ne doit pas devenir une file interrompue de péniches. L’offre se renouvelle, il est normal qu’il y ait des perdants. » Mais cela n'empêche pas Franck Delrieu, responsable de la Péniche Cinéma, d'avoir été interloqué par ce manque de reconnaissance de la part des institutions publiques. Selon lui, leur dossier "répondait à tous les critères de l'appel à projets", accentuant leur incompréhension face à ce qui signerait leur arrêt de mort, faute de solution alternative.

“On ne comprend vraiment pas [...] Il y a pas mal de gens qui étaient la tête dedans comme on dit, et qu’on a sorti de la drogue […] Je les ai surtout considérés comme mes gamins”

La Péniche Cinéma maintiendra jusque-là son esprit d'engagement politique et culturel qui a toujours fait sa force. La pétition en ligne pour la survie du lieu, accessible ici, présente déjà près de 8 000 signataires. Le 3 septembre prochain, elle organisera une agora – un espace de discussion et de débats – sur la politique publique et l'actualité du canal de la Villette. L'occasion de réaffirmer l'éclectisme et la richesse de ses événements avec des groupes, des DJ's, des cracheurs de feu, un barbecue, entre autres activités. Un manière de montrer aussi, que, même lorsque l'on tente de la noyer, la Péniche Cinéma se débattra toujours et encore.