Photo en Une : Elevate Festival / JOLA

De l’Europe, il existe plusieurs visions, qui se superposent plus qu’elles ne s’opposent. Celle d’un projet politique, économique, théorique, défini par des dates, des chiffres et des textes ; des institutions aussi, qui dans le contexte actuel semblent créer plus de divisions au sein des pays membres qu’elles ne les rassemblent. On y parle espace Schengen, banque centrale, parlement, OCDE ; des termes aspirant à être synonymes de liberté, de coopération, d’entraide, mais que la plupart d’entre nous associent, hélas, aujourd’hui au renforcement des frontières, à la dette, l’austérité, la corruption. Il y a aussi une autre vision de l’Europe, plurielle, qui s’astreint des acronymes et des spécialistes, celle des millions d’individus qui se croisent, convergent et, parfois, se rassemblent pour un temps en un même lieu ; là où ils forment un espace d’échange et de partage qui reproduit à échelle réduite l’idéal européen, une maquette d’un projet commun.

Valoriser une culture commune de la musique électronique

C’est ce rôle que peuvent jouer, selon Vincent Carry, les festivals de musique électronique. "Combien Sonar, Time Warp, ADE ou Melt ont-ils fait bouger de jeunes européens sur ces vingt dernières années ?", s’interrogeait dans nos colonnes le directeur d’Arty Farty, la structure mère des Nuits Sonores à Lyon, mais également du European Lab, dont le second forum d'hiver s’est récemment tenu à la Machine du Moulin Rouge, à Paris, et de We Are Europe, un regroupement de huit festivals et forums dont l’objectif est de créer des événements qui marient performances artistiques et réflexions autour d’enjeux contemporains. "L’objectif de We Are Europe [est] précisément la valorisation de cette culture commune [de la musique électronique] et la mise en avant de cette génération d’artistes et de porteurs de projets culturels européens."

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Le festival Elevate, qui se tient du 1er au 5 mars à Graz, est l'un des huit membres de ce dernier projet. Durant cinq jours, la seconde ville d’Autriche cogitera au rythme des conférences et dansera à celui de la techno. Cette année, les équipes du festival norvégien Insomnia et de l’espagnol Sónar / Sónar+D, qui participent eux aussi à We Are Europe, sont invités à curater la programmation des intervenants et musiciens. En 2016, c’étaient c/o Pop, Nuits Sonores / European Lab et Resonate.

Big data et grime expérimentale

Durant cinq journées, une quarantaine de conférences sont prévues – pour la plupart – au Forum Stadtpark, à deux pas du centre-ville. "Le rôle de la culture dans la ville de demain", c’est le thème général que We Are Europe explore cette année à travers ses différents événements. À Elevate, les problématiques abordées sont tantôt concrètes et quotidiennes, parfois carrément existentielles ; "Algorithmes et Big Data : Risques et opportunités", "Mon âme dans la balance", "Machines autonomes – humains contrôlés ?", "La Nature à vendre ?", "Révolte dans la matrice", "Faire sens de la crise de la civilisation".

elevate 2016 we are europe

Les intervenants sont poètes, chercheurs, auteurs – voire tout cela à la fois. Julia Reda, parlementaire du Parti pirate européen, animera par exemple la conférence "Copywrongs 2.0", traitant d’une refonte du système de droit d’auteur et du partage de la culture post-Internet ; l’avocate en droits de l’homme guatémalienne Renata Avila interviendra, elle, aux côtés de cinq autres personnes, lors de la grande conférence de Sónar+D, "Des cités intelligentes aux cités communes", où les technologies dites intelligentes, la collection de données et le partage des ressources seront au cœur du débat. Une liste complète est consultable sur le site d’Elevate, et l’on se réjouit en passant de la parité qui y prévaut.

elevate 2016 we are europe

Quant aux soirées qui se dérouleront dans plusieurs clubs de Graz, elles misent sur des DJ’s et producteurs exigeants, tributaires d’un univers propre. Outre de grands noms comme Juan Atkins, Shackleton, Ancient Methods et Jon Hopkins, on retrouve le terrible remixeur/flutiste de l’Internet wave DJ Detweiler, l’excellente artiste ambient-pop Jenny Hval, dont le dernier album-concept Blood Bitch prenait pour thème la menstruation, ou encore Mumdance (Warp) et sa grime expérimentale. D'autres artistes comme Stephen O’Malley, TCF et Lolina, par leurs sculptures et collages sonores, donneront autant à réfléchir sur ce que peuvent être les musiques électroniques, que les conférences nous exhortent à repenser les enjeux de demain.

Jenny Hval - Female Vampire

Les conférences, ainsi que certaines performances musicales, seront enregistrées et archivées sur le site d’Elevate ; vous pouvez dès à présent y retrouver celles des éditions précédentes, comme le live de Mount Kimbie ou la table ronde autour du concept de "Fair Trade Music".

Elevate Festival
1er - 5 mars 2017, Graz, Autriche
Line-up complet
Intervenants et conférences "Discourse + Activism"

Miley Cyrus - Wrecking Ball (DJ Detweiler Remix)