Hier s'est achevé le cycle de trois jours de conférences sur l'avenir culturel de l'Europe. Du 15 au 17 décembre, l'European Lab Winter Forum a abordé des thématiques variées, brassant culture numérique, nouveaux médias, "food culture", vie privée, culture pop, résistance de l'underground, porno, etc.

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Parmi la vingtaine de conférences, réparties entre le plateau média et l'Auditorium, nous avons jeté notre dévolu sur celles qui traitaient, de près ou de loin, des musiques et cultures électroniques : "Une révolution après la techno ?" avec, entre autres, Laurent Garnier et Paula Temple ; "L'underground résistera-t-il toujours ?" où Rone et l'écrivain Alain Damasio étaient conviés ; et enfin "Quel avenir pour les festivals ?". 

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Si certaines ont tenu leur promesses prospectives, d'autres se sont contentées d'évoquer le présent, touchant du doigt les problématiques d'avenir sans les développer autant qu'elles le méritaient. Voilà donc notre bilan rapide de ces trois conférences. Rapide, oui, car ces questions auront inspiré quelques sujets plus complets qui verront le jour ultérieurement dans nos colonnes... 

"2025 : vers la fin de la techno ?"

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Avec Paula Temple, Laurent Garnier, Oliver Lamm (The Drone/Libération), Adrien Betra (Surpr!ze) et Pierre-Marie Oullion (programmateur des Nuits sonores) en intervenants, cette conférence menée de main de maître par David Brun-Lambert (journaliste, coauteur de la bio de Laurent Garnier, Electrochoc) était instructive et copieuse, bien que davantage rivée au présent et au passé qu'à l'avenir. 

Partant du constat qu'en 2015, la techno arrive à saturation et qu'elle n'a peu ou prou évolué depuis sa naissance, les intervenants, experts ès techno, ont partagé leurs appréciations éclairées de la pertinence artistique, sociale et politique de cette musique. 

"Que peut la musique pour ce présent tourmenté ?" se sont-ils par exemple demandé. Laurent Garnier a rappelé que le dancefloor est un lieu d’abandon et de rassemblement, même si "le comportement [sur le dancefloor] a changé, il est trop connecté." Et ça ne risque pas de s'améliorer sur ce point.

Écouterons-nous encore de la techno en 2025 ? Ce ne serait pas très bon signe, selon Laurent Garnier : "J’espère que mon gamin n’écoutera pas de techno, s'exclame-t-il. J’aimerais qu’il y ait un nouveau genre qui vienne tout bouleverser !" Quoiqu'il en soit, comme le rappelle Paula Temple, "la musique électronique est encore jeune [...] et l'avenir de la techno se jouera dans les micro-révolutions de type queer, féministes..."

"2025 : l'underground résistera-t-il ?"

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Pour cette conférence pleine de promesses, il faut admettre que nous avons été un peu déçus. Les intervenants, Rone et Alain Damasio (écrivain de science-fiction) très complices, ont d'abord choisi de ne pas définir l'underground comme contre-culture, avant d'affirmer que l'avènement d'Internet a rendu la notion d'underground obsolète. "Galvaudée" même, selon Rone. Pourquoi alors en envisager l'avenir si l'underground appartient déjà au passé ?

Ce hiatus argumentaire est sans doute la raison pour laquelle la conférence s'est très vite orientée vers la question du processus de création. Emaillée d'extraits de films et court-métrages, la conférence s'est surtout attachée à partager des poncifs sur la liberté de la création, légitimant des arguments par de jolies citations du poète Rainer Maria Rilke ou du philosophe Gilles Deleuze.

"2025 : quel avenir pour les festivals ?"

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Pour ce dernier plateau, composé de Georgia Taglietti, directrice du Sónar, Anastasios Diolatzis, représentant du festival grec Reworks, François Kraft de Macki Music Festival, Clémence Bizien de l'agence Super! et modéré par Sophian Fanen (journaliste aux Jours), la promesse prospective a été tenue. 

Abordant l'avenir des festivals en Europe sous de nombreux angles (économique, climatique, artistique…), cette conférence, rythmée et audacieuse, a par exemple examiné l'avenir des festivals européens sous le prisme des Internets. Les festivals guetteront de plus en plus la visibilité online des artistes pour choisir la programmation, plus importante encore que la vente de disques.

Parmi les multiples punchlines de Georgia Taglietti, on retiendra "Nos line-up seront vos playlists", sentence très représentative “la génération shuffle”. D’ailleurs, selon François Kraft de Macki, "à l'avenir, les festivals seront généralistes, à l'image de cette génération shuffle qui peut passer du folk à la techno avec cohérence."