Au détour de nos errances sur le Web, entre un nouveau volet du David Guetta bashing, le dernier clip de Disclosure ou des lunettes de clubbing effet LSD, nous constatons une fois de plus que cette époque choyée des rave parties fait encore beaucoup de nostalgiques parmi les internautes. À gratter un peu la surface, c'est un monde infini de vidéos et de SoundCloud qui s'offre à nous.

Un univers fait de bugs VHS, de son qui grésille et de couleurs, beaucoup de couleurs. Petit retour dans les années 90 avec le DJ anglais Carl Cox, figure emblématique de tout ce mouvement, qui nous accordait une interview (par Jean-Paul Deniaud) dans le TRAX #181 (The Prodigy) sur, entre autres choses, sa période artistique qui tendait même vers le hardcore.

Carl Cox : [...] depuis que je suis entré dans la scène rave, j’ai toujours cherché à pousser l’univers de la musique techno au-delà de lui-même, comme Lenny Dee et les autres. C’était simplement quelque chose qui était contre le commercial, contre tout ce qui était… accepté. C’était une sorte de techno punk. Ce n’était pas pour les filles, ce n’était pas pour la hype, ce n’était pas pour les pompes cirées et les mains en l’air. C’était de la pure énergie techno hardcore.

C’était simplement quelque chose qui était contre le commercial, contre tout ce qui était… accepté.

Le problème, c’est que tout ça a perdu son âme et son idéal : réunir les gens. C’est devenu une musique de bruit pour des gens qui voulaient écouter du bruit. J’ai dû m’en écarter pour retrouver les raisons qui m’avaient donné envie d’être DJ et de mixer des musiques ensemble. Mais lorsque je mixais hardcore, l’énergie que ça créait était juste incroyable. Tu sais, j’ai adoré cette époque et parfois ça me manque : personne n’attendait rien de moi, ils savaient ce que j’allais jouer, à quelle puissance, et que j’allais repousser les frontières de cette musique. 

Trax : Et tu jouais vraiment hardcore à cette époque, à 200 BPM…

Carl Cox : En fait, à plus de 200 BPM ! Tu ne pouvais plus danser sur cette musique, c’était devenu too much. Même pour moi ! (Rire.) Mais quelques fois, nous pitchions les morceaux à 100 BPM. Ce n’était plus pom-pom-pom-pom mais pom-todo-pom-todo-pom. Half-beat. Même si la musique était plus rapide. Ma vitesse moyenne était toujours entre 145 et 195 BPM. Parfois, je poussais le pitch des platines en voyant jusqu’où je pouvais aller. Et c’était juste de la techno hardcore industrielle.

Tu ne pouvais plus danser sur cette musique, c’était devenu too much.

Et ensuite que s’est-il passé ? Tes albums ont été rave, puis club, puis un peu trance…

Je me suis juste laissé porter par mes émotions ! Lorsque certains disques ont commencé à sortir, un peu trance, les rythmes étaient encore plutôt durs à l’époque. Et il y avait aussi plus de mélodie dans la musique, pour moi, ça a toujours été l'important. J’étais toujours dans les trucs de Jeff Mills et Dave Clarke mais j’avais envie de davantage de musicalité dans mes sons. Je me suis donc écarté du hardcore pour aller vers des choses plus mélodiques et trance. Et à cette époque, en Allemagne et en France, j’avais l’opportunité de jouer cette musique. Puis j’ai eu l’occasion de jouer de la house, et j’ai commencé à jouer house.

Je me suis donc écarté du hardcore pour aller vers des choses plus mélodiques et trance.

Tu es beaucoup plus house depuis quelque temps. C’est le son de Carl Cox aujourd’hui ?

Oui. Tu sais, si je voulais jouer hardcore aujourd’hui, je serais tout seul à le faire ! (Il éclate de rire.) “Hey les gars, vous êtes où !?” Ce n’est pas possible. Quand tu regardes par quoi j’ai commencé, c’était les premiers jalons de cette musique : la techno et la house des États-Unis. Cette époque me manque, c’était plus mélodique. Et c’était vraiment nouveau à ce moment-là. En Angleterre aussi on faisait de la bonne musique, house, techno, breakbeat, jungle. J’ai plongé dans tout ça. Ça a été mon parcours, du point A, en 88-89, au point B, ici en 2015. Donc je suis juste revenu à mes racines, je trouve ça plus approprié aujourd’hui de jouer tek-house et house.

En Angleterre aussi on faisait de la bonne musique, house, techno, breakbeat, jungle. J’ai plongé dans tout ça.

Bonus

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